Technicien : dois-je vraiment m'adapter maintenant ?

Idée fausse n° 1 :

Les politiques d’atténuation limiteront suffisamment le changement climatique pour que l’adaptation se fasse de manière spontanée.

L’accord de Paris se fixe pour objectif de limiter le réchauffement climatique mondial nettement en dessous de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle. C’est un objectif ambitieux : au rythme actuel, les émissions mondiales de gaz à effet de serre conduiraient plutôt à un réchauffement de plus de 3°C d’ici la fin du siècle.

2°C de réchauffement, cela peut paraître peu. C’est en réalité beaucoup : au plus froid de la dernière ère glaciaire, la température n’était que de 4 °C de moins qu’aujourd’hui. C’est également un changement très rapide auquel nous n’avons jamais eu à faire face : plusieurs degrés de réchauffement en moins de 200 ans quand il faut normalement 20 000 ans environ pour passer d’une ère glaciaire à une ère interglaciaire. Nous n’avons donc aucune certitude sur la capacité de notre société et surtout de nos écosystèmes à s’adapter à ces changements. D’après le GIEC, au-delà d’un certain réchauffement, des seuils irréversibles pour de nombreux écosystèmes marins et côtiers pourraient être franchis. C’est le cas par exemple des récifs coralliens qui disparaîtraient dans leur quasi-totalité avec un réchauffement de 2°C.

Idée fausse n° 2 :

le changement climatique ne sera important qu’après 2050, il est donc inutile de s’adapter maintenant.

Le changement climatique n’est pas qu’une question concernant uniquement le futur, dans la mesure où le climat est déjà en train de changer. Même si certaines années peuvent être moins chaudes, la tendance de fond est celle d’une augmentation des températures moyennes, de +1,5°C depuis un siècle pour la France métropolitaine. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur en France est également sans équivoque : les vagues de chaleur recensées à l’échelle nationale ont été deux fois plus nombreuses entre 1982 et 2019 qu’entre 1947 et 1981.

Ces changements ont d’ores et déjà des coûts qui pourraient être minimisés en améliorant notre préparation aux impacts du climat actuel.

A plus long terme, les conséquences du changement climatique impliqueront des évolutions lourdes, voire des reconversions qui nécessitent de la recherche et développement, de nouvelles compétences et des temps d’apprentissage incompressibles qu’il convient d’anticiper dès maintenant car ils ne pourront pas être opérationnels immédiatement. Pour planifier le moment optimal d’adaptation, il s’agit de conjuguer :

  • un point de vue économique, pour trouver le moment optimal de mobilisation de la ressource (financière, technique) afin de minimiser les effets du changement climatique à moindre coût.
  • un point de vue sociétal, pour choisir d’agir au moment où l’action est reconnue comme légitime par les populations concernées et permettre de maintenir un niveau de risque acceptable pour la société.

"Si l’on ne se prépare pas au changement climatique, il induira des dommages et des coûts bien supérieurs à l’effort d’anticipation" (PNACC). Ainsi, en 2006 le rapport de l’économiste Nicholas Stern évalue le coût annuel de l’inaction entre 5 % et 20 % du PIB mondial, et celui de l’action de 1 à 2 %.

Idée fausse n° 3 :

Le changement climatique est plein d’incertitudes, il est donc trop tôt pour s’y adapter.

 

NON ! Anticiper le devenir du climat, de la société et du territoire est possible et fructueux dès aujourd’hui.

 

Il y a peu d’incertitude sur ce que sera le climat à horizon 2050, largement déterminé par les quantités de gaz à effet de serre qui ont déjà été envoyées dans l’atmosphère. Au-delà, le climat futur dépendra principalement de notre capacité à réduire ces émissions.

Cette incertitude à long terme ne doit pas nous conduire à retarder l’action, car les grandes tendances du climat futur sont connues et entraîneront des impacts majeurs en France : hausse des températures plus forte que la moyenne mondiale, vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, précipitations et sécheresses extrêmes, hausse du niveau de la mer, intensification des cyclones.

Plus tôt nous nous y préparerons, plus nous aurons le choix des solutions et surtout la capacité pour agir. Agir tôt coûtera également moins cher que si l’on repousse l’échéance.

Idée fausse n° 4 :

Le changement climatique est global, l’adaptation doit être nationale et internationale.

 

NON ! Une approche locale est nécessaire.

 

 

Si le changement climatique est un phénomène mondial, il ne s’exprime pas de la même façon dans les différents territoires : les questionnements d’adaptation en montagne sont différents des questionnements sur le littoral, en ville ou dans l’espace rural, au nord ou au sud de la France. L’adaptation au changement climatique doit donc être pensée à l’échelle locale, adaptée à chaque situation.