Élu et Villes

Les élus, acteurs clés pour prendre en compte l’adaptation
au changement climatique dans les projets urbains

Afin de lutter contre la chaleur accablante dans les villes, les choix d’aménagement urbain, dans le sens d’un meilleur rafraîchissement nécessite en premier lieu un portage politique. Cet article récapitule quelques-unes des solutions disponibles pour rafraîchir la ville et continuer à la rendre attractive.

À noter que si cette page traite actuellement de l’îlot de chaleur, il est important d’avoir en tête qu’en matière d’adaptation, la ville peut être, selon les cas, concernée par d’autres enjeux, comme les inondations ou le risque submersion.

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Ecoquartier Parc Marianne, Montpellier © Arnaud Boissou, Terra
Ecoquartier Parc Marianne, Montpellier © Arnaud Boissou, Terra

Peu d’arbres, trop d’asphalte, pas assez de points d’eau : les villes constituent ce qu’on appelle des îlots de chaleur urbain, où les températures s’avèrent plus chaudes qu’à la campagne.

Or, avec le changement climatique, l’atmosphère des villes pourrait devenir encore plus étouffante, avec un effet sur le confort et les pratiques de tous les usagers et un risque sanitaire important de surmortalité des personnes les plus fragiles.

Des solutions existent, que peuvent impulser les élus, sur leurs territoires.

L’îlot de chaleur urbain ou pourquoi il fait plus chaud en ville ?

En ville, on observe des températures plus importantes que dans la campagne environnante : c’est le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU).

Cette différence de température est particulièrement marquée la nuit, au moment où les matériaux urbains (béton, asphalte, etc.) relarguent la chaleur qu’ils ont stockée durant la journée.

Les causes du phénomène d’îlot de chaleur urbain

Le phénomène d’îlot de chaleur urbain est dû :

  • à la faible présence du végétal, qui joue un rôle rafraîchissant par l’ombre portée et le phénomène d’évapotranspiration ;

  • à la faible présence d’eau, qui humidifie l’air ;

  • aux matériaux urbains (asphalte, bitume, béton, etc.), qui stockent la chaleur issue des rayons du soleil ;

  • à la concentration de techniques générant de la chaleur : climatiseur, moteurs des voitures, procédés industriels.

Les enjeux pour une ville ou pourquoi s’intéresser aux îlots de chaleur urbain pour un élu

Les enjeux pour la ville sont nombreux :

  • en termes de santé : la canicule de 2003 est à l’origine de 15 000 décès supplémentaires par rapport à ce qui est observé normalement (source : Inserm/Invs/Insee) ;

  • en termes de confort : en période de forte chaleur, vivre dans des villes étouffantes nous fatigue plus et nous rend moins productifs ;

  • en termes d’énergie : 1°C supplémentaire représente à l’échelle nationale un appel de puissance supplémentaire équivalent à celui de la ville de Nantes (sources : RTE/connaissance des énergies).

Le rôle de l’élu pour lutter contre les îlots de chaleur

Les élus jouent un rôle clé pour :

  • porter politiquement le sujet de l'adaptation au changement climatique, sachant que les actions d’adaptation ont déjà des effets sur le présent, marqué par des épisodes de canicules et de vagues de chaleur récurrent ;

  • encourager les services techniques de collectivité à travailler en transversal et créer les conditions pour former les services sur ces questions : service en charge de l’aménagement, du climat, de la gestion des espaces verts, de la voirie ;

  • prendre en compte le sujet de l’adaptation dans les arbitrages, en mettant en avant l’importance des enjeux liés à l’îlot de chaleur, l’effet pour le climat d’aujourd’hui et de demain. Cela nécessite par exemple de faire des choix vers des solutions vertes au détriment d’usage plus « rentable » à court terme (valorisation foncière, stationnement, etc.)

Le Code de l’Urbanisme intègre l’enjeu de l’adaptation comme un enjeu « chapeau » à l’ensemble de la législation et réglementation (Plan local d’urbanisme intercommunal – PLUi- et Schéma de Cohérence Territorial – SCoT-).

Le Code de l’Environnement impose aux collectivités d’intégrer l’adaptation dans les Plans Climat Air Energie Territoriaux (PCAET). Quant au code des collectivités territoriales, il impose pour sa part l’intégration de l’adaptation dans les Schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET).

Ce qu’il faut retenir c’est qu’en tant que collectivité vous avez un rôle majeur à jouer pour atténuer le changement climatique et adapter les villes et les territoires. Vous pouvez agir concrètement dans la mise en œuvre des documents de planification et dans les projets d’aménagement et vous avez des outils pour vous aider.

Des solutions pour rafraîchir les villes

Plusieurs types de solutions sont possibles pour rafraîchir les villes, voire créer de véritables « îlots de fraîcheur » :

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des solutions dites vertes, liées à la nature en ville et à la présence du végétal : plantation d’arbres, façades et murs végétalisés, végétalisation des espaces publics, dalles permettant l’engazonnement ;

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des solutions dites bleues, liées à l’eau : bassin, noues végétalisées, fontaines, jets, brumisateurs, jardins de pluies, humidifications de la chaussée ;

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des solutions dites grises : choix de matériaux de couleurs claires absorbant moins de rayonnement solaire, conception d’une forme urbaine avec une plus grande ouverture vers le ciel afin de faire mieux circuler l’air.

Un exemple de solution : la requalification de la rue Garibaldi

Construite dans les années 60, la rue Garibaldi constitue l’un des principaux axes Nord/Sud de la ville de Lyon. Initialement, la rue Garibaldi présentait un caractère d’« autoroute urbaine », dédié à la circulation automobile : passages automobiles souterrains, trottoirs étroits peu propices à la circulation des piétons, passerelles piétonnes surélevées pour traverser la rue et en même temps accéder à la dalle de la Part-Dieu.

Une partie de cette rue a été réaménagée, avec comme points forts sur le plan de l’atténuation de l’ICU :

  • l’implantation d’arbres, pour créer de l’ombre et de la fraîcheur (eau évaporée par l’arbre) ;

  • un revêtement de couleur claire, absorbant beaucoup moins de chaleur qu’un revêtement foncé ;

  • une noue, fossé utilisée pour récupérer l’eau de pluie des voies piétonnes et des pistes cyclables. L’eau va dans un bassin servant à arroser les arbres et les bandes plantées, et permettre ainsi au végétal d’assurer son rôle de rafraîchissement.

Que dit le PNACC 2 ?

Le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (MTES) soutiendra les projets visant :

  • la lutte contre les îlots de chaleur urbains et le renforcement du confort du bâti en s’appuyant sur des solutions urbanistiques, écologiques et architecturales innovantes, et des solutions techniques performantes ;
  • l’utilisation des solutions fondées sur la nature dans les situations où elles permettent d’améliorer la résilience des territoires et de protéger l’environnement, telles que la végétalisation des espaces urbains, la mise en place de techniques alternatives d’assainissement et l’intégration de la trame verte et bleue (en intégrant une réflexion sur la gestion et l’entretien de ces espaces).

Pour en savoir plus sur le Plan National d'Adaptation au Changement Climatique

Ressources incontournables