Technicien de collectivité et Infrastructures de transport

Tout au long de leur cycle de vie, les réseaux de transport doivent faire face à de nombreux impacts météorologiques, qui peuvent dégrader leurs infrastructures et altérer leur niveau de service et de sécurité. Avec le changement climatique, ces impacts vont être amplifiés, nécessitant alors des interventions plus fréquentes, plus lourdes, etc., ce qui n’est pas sans conséquence sur les budgets de gestion.

Plusieurs gestionnaires se sont déjà lancés dans des démarches d’adaptation pour améliorer la résilience de leur réseau et en optimiser leur gestion. Et vous ?

Les réseaux de transport face au changement climatique : quels impacts, quels enjeux d’adaptation ?

Quelles sont les infrastructures de transport concernées ?

Les gestionnaires de réseaux peuvent assurer la construction, l’entretien et/ou l’exploitation de différentes catégories de réseaux de transport, par exemple :

  • Réseau routier : routes, voiries urbaines, permettant la circulation des véhicules privés et des transports en commun de type bus
  • Réseaux maritime et fluvial : ports, fleuves et canaux
  • Réseaux ferré et de transport guidé : TGV, TER, métros, tramways
  • Réseau aérien : aéroports, aérodromes

Ces réseaux sont constitués d’un très grand nombre d’infrastructures : revêtements et structures de chaussées, ponts, murs, tunnels, systèmes d’assainissement, équipements, quais, écluses, chenaux, rails, bâtiments techniques, etc.

Quels sont les impacts à venir ?

Ces réseaux de transport subissent déjà aujourd’hui de nombreux impacts météorologiques. Avec le changement climatique, ces impacts vont évoluer en fréquence et/ou en intensité, et leur localisation est susceptible de changer également : par exemple, certaines zones géographiques pourraient être exposées aux incendies de forêt, alors qu’elles ne l’étaient pas autrefois.

Chaque réseau de transport sera impacté différemment en fonction des infrastructures qui le constituent, de leur état, de leurs matériaux de construction, de leur entretien, du type de fonctionnalités qu’ils assurent, etc.

L’évolution des événements climatiques peut entraîner des dégâts sur l’infrastructure et/ou impacter les conditions d’exploitation, en voici quelques exemples :

sur le réseau routier :

  • l’augmentation des températures maximales peut accélérer le vieillissement des chaussées en provoquant une déformation des couches de surface ; tandis que l’évolution des conditions pluviométriques aura des conséquences sur la corrosion de certains matériaux
  • les coupures de réseau pourraient être plus fréquentes, du fait de l’augmentation des incendies, des inondations ou encore, des précipitations extrêmes qui peuvent faire déborder les réseaux d’assainissement
  • certaines infrastructures : ponts, murs, ouvrages en terre par exemple, selon leur localisation géographique, pourraient être exposées à des risques d’affouillement ou de retrait-gonflement des argiles plus importants
  • etc.

sur les réseaux maritime et fluvial :

  • du fait de la localisation de ces réseaux, la hausse du niveau de la mer est un enjeu majeur
  • couplée avec une évolution des conditions de houle, la hausse du niveau marin pourra entraîner des dégradations d’infrastructures, perturber l’exploitation portuaire plus fréquemment, voire à terme, rendre inutilisables certaines infrastructures selon les hauteurs d’élévation
  • d’autres impacts sont attendus : des crues plus importantes pourraient impacter la navigation et l’entretien des infrastructures, les besoins de dragage pourront évoluer avec l’augmentation des étiages
  • etc.

sur les réseaux ferré et de transport guidé :

  • les canicules plus sévères sont susceptibles de causer des déformations de rails et de détendre les câbles d’alimentation électriques, perturbant ainsi la circulation des trains
  • une hausse des températures maximales pourrait conduire à des perturbations de trafic plus fréquentes, car les systèmes électriques peuvent être sensibles aux fortes chaleurs
  • etc.

Quelles stratégies d’adaptation ?

La mise en œuvre d’une stratégie d’adaptation nécessite à la fois :

une bonne connaissance du réseau actuel :

  • quelles sont les infrastructures qui le constituent, sont-elles toutes recensées dans une base, connaît-on leur état, leur niveau d’entretien, dispose-t-on de données techniques : matériaux de construction, hypothèses de dimensionnement, âge de construction, etc. ?
  • quel est le contexte climatique, géographique du réseau : peut-il être concerné par des inondations, des canicules, des mouvements de terrain ? ◦ quels sont les enjeux du réseau : assure-t-il un trafic important, permet-il la circulation de services d’urgence ?
  • etc.

et une connaissance des évolutions possibles : des conditions climatiques, des usages du réseau, des besoins des usagers, etc.

Ces connaissances permettront de déterminer à la fois l’évolution des vulnérabilités du réseau et les solutions d’adaptation pertinentes, qui peuvent être nombreuses.

Le gestionnaire devra donc prioriser ces solutions, en fonction de leur coût, du niveau de criticité de l’infrastructure face au changement climatique, des contraintes budgétaires et d’autres paramètres qui peuvent être liés à la stratégie de gestion du réseau notamment. Cette priorisation peut être réalisée à l’aide de méthodes d’analyses socio-économiques.

Enfin, la mise en place des solutions d’adaptation pourra se faire en définissant un calendrier de mise en œuvre, en mobilisant les financements adéquats, en communiquant sur l’utilité de l’adaptation, en suivant la mise en œuvre effective et ré-évaluant régulièrement les vulnérabilités du réseau.

 

  1. Améliorer la connaissance du réseau et identifier ses vulnérabilités, qui dépendent du contexte géographique, climatique, des enjeux de déplacements, des sensibilités des infrastructures, etc.
  2. Identifier des solutions d’adaptation et leurs coûts
  3. Prioriser les solutions : selon la criticité des déplacements ou de l’infrastructure, les coûts de chaque solution et les contraintes économiques, ou d’autres paramètres tels que la durée de coupure du réseau nécessaire pour mettre en œuvre la solution, etc.
  4. Suivre la mise en œuvre de la stratégie d’adaptation : définir le calendrier de mise en œuvre, mobiliser les financements, vérifier la mise en œuvre effective, communiquer, etc.

De nombreuses solutions d’adaptation sont déjà disponibles, elles doivent bien sûr être adaptées à chaque contexte et prendre en compte d’autres enjeux : sécurité routière, protection de l’environnement, etc.

Elles peuvent intervenir aux différentes phases de vie d’un projet d’infrastructure : en phase de conception comme en phase d’exploitation, en réaction immédiate ou par anticipation d’un événement impactant.

En voici quelques exemples ci-dessous.

La démarche en 4 étapes

1- Adapter la conception des infrastructures

Il peut s’agir de solutions de renforcement et/ou de protection :

  • les solutions de renforcement visent à augmenter la robustesse des infrastructures afin de mieux les préparer à « absorber » les impacts climatiques : reconstruction d’infrastructures telles que les buses en prenant en compte l’évolution des paramètres climatiques dimensionnant, recours à des revêtements perméables pour mieux faire face aux ruissellements, etc.
  • les solutions de protection : surélévation ou relocalisation des infrastructures existantes, application de produits anticorrosion sur les infrastructures les plus sensibles, etc.

2- Adapter l’exploitation des réseaux

Les mesures peuvent être variées, par exemple :

  • utilisation des multiples moyens technologiques de communication et d’alerte à destination des usagers : systèmes de transport intelligents, panneaux d’information, etc.
  • adaptation des plans de gestion de trafic à l’évolution des événements extrêmes : planification des itinéraires de déviation dans les secteurs les plus vulnérables

3- Adapter l’entretien des infrastructures

Il s’agit de solutions en réponse au vieillissement accéléré des infrastructures et aux désordres consécutifs à un événement climatique extrême, par exemple :

  • opérations d’inspection, de maintenance et de réparation des infrastructures plus fréquentes, adaptation des contrats d’entretien et de maintenance en conséquence
  • suivi en continu de l’état structurel d’une infrastructure au moyen de capteurs pour anticiper les opérations d’entretien

4- Adapter la planification des réseaux de transport

  • évaluer la vulnérabilité des infrastructures de transport et de leurs fonctionnalités (déplacements quotidiens, touristiques, transports de marchandises, etc.) peut permettre d’enrichir les diagnostics de vulnérabilité d’un territoire au sein des documents de planification tels que les PCAET, ou des documents de gestion stratégiques propres à chaque gestionnaire, et à proposer des mesures d’adaptation pertinentes
  • prendre en compte les infrastructures et leurs vulnérabilités dans les projets d’aménagement de territoire, quelle que soit leur ampleur : en cas de création ou réaménagement d’un espace public avec des voiries, favoriser l’utilisation de revêtements permettant l’infiltration des eaux dans les sols ; lors de l’aménagement de nouveaux espaces bâtis, évaluer les conséquences de la perméabilisation des sols sur les systèmes de gestion des eaux des réseaux de transport, etc.
  • lors de la construction ou du réaménagement d’infrastructures de transport, adapter les cahiers des charges techniques pour tenir compte des évolutions climatiques à court et moyen terme sur l’infrastructure, mais aussi sur le besoin de l’usager (par exemple, intégrer des moyens de rafraîchissement pertinents pour les climats de demain dans les transports, planifier les ombrages d’été sur les pistes cyclables)

Vous avez mis en œuvre la méthodologie d’analyse de risque du CEREMA et souhaitez faire part de vos retours d’expérience sur celle-ci ? Vous souhaitez prendre connaissance de retours d’expérience issus de la mise en œuvre de la méthodologie ?


La méthodologie d’analyse de risque, utilisable en l’état, est en cours d’amélioration. Son développement se base sur des retours d’expérience issus d’analyse appliquées à différents territoires et types de réseaux. Pour participer à cette démarche, vous pouvez faire parvenir vos analyses de risques menées selon cette méthodologie et vos retours d’expérience à l'adresse suivante : adaptation-climat-transports@developpement-durable.gouv.fr.


Vous pourrez également participer au réseau des correspondants « Adaptation des transports au changement climatique » animé par le Cerema et ainsi contribuer à l'amélioration de la méthodologie qui doit nécessairement prendre en compte l'ensemble des expériences et enjeux territoriaux.

Que dit le PNACC 2 ?

Les référentiels techniques seront passés en revue par les services compétents et adaptés autant que nécessaire en donnant la priorité aux secteurs des infrastructures et matériels des réseaux de transport (fiabilité et confort climatique). Le ministère de la transition écologique et solidaire soutiendra les projets visant à l'adaptation des réseaux et infrastructures de transport.

Pour en savoir plus sur le Plan National d'Adaptation au Changement Climatique

Des exemples d’actions

 

Des ressources incontournables

Découvrir les infrastructures de transport sous un autre angle

EluActeur économiqueBureau d'étudesParticulier