Solutions d'adaptation fondées sur la Nature

S’adapter au changement climatique grâce à la nature

PICTO SAFN

Végétaliser les villes pour les rafraîchir, diversifier les cultures pour préserver les récoltes : les "Solutions fondées sur la Nature" se révèlent efficaces pour s'adapter aux effets du changement climatique. Autre avantage : elles favorisent les écosystèmes naturels - prairies, forêts, etc.- et les services qu’ils rendent à la société.

COMPRENDRE

En quoi consistent les Solutions d’adaptation fondées sur la Nature (SafN) ?

Le concept de "Solutions d’adaptation fondées sur la Nature" (SafN) est récent. Selon l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), ces actions consistent à protéger et à restaurer des écosystèmes naturels, afin de s’appuyer sur leur fonctionnement pour relever le défi du changement climatique. Elles doivent aussi absolument présenter des bénéfices pour la biodiversité.

Au cœur du concept, une prise de conscience : la nature joue un rôle crucial pour limiter les effets du changement climatique et en même temps assurer notre survie. Lorsqu’ils sont en bonne santé, les écosystèmes naturels résistent mieux aux événements climatiques extrêmes et assurent une foule de "services écosystémiques", qui rendent possible la vie humaine : capter le CO2, purifier l’eau, réguler le climat, polliniser les cultures, etc.

Il est donc urgent de préserver ou de restaurer les rivières, forêts, prairies, sols, milieux marins… et tous ces milieux naturels, grandement fragilisés par l’activité humaine. Pour nous protéger des aléas climatiques et nous permettre de continuer à respirer, boire, manger et être en bonne santé.

 

Un concept mondial récent

En 2016, le Congrès mondial de la nature définit les Solutions fondées sur la Nature comme :

des actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité.

Même si le concept a été récemment formalisé, nombre de ces pratiques sont déjà anciennes, voire ancestrales et mises en œuvre par les territoires sans le savoir.

Créer des haies bocagères limite l’érosion des sols, les inondations et les coulées de boue. Cela offre aussi de l’ombre, de la fraîcheur ainsi qu’un habitat aux pollinisateurs et prédateurs utiles à l’agriculture.

Une double ambition : limiter les impacts du changement climatique et restaurer la biodiversité

Traiter ensemble les questions de biodiversité et du climat, trop souvent abordées séparément, tel est le grand apport de cette nouvelle approche. Les Solutions d’adaptation fondées sur la Nature sont un atout majeur pour atténuer les risques d’inondations, de sécheresses, d’érosion côtière, les effets des canicules. En même temps, elles contribuent à restaurer la faune et la flore, si précieuses à l’homme.

Un exemple ? Rendre à une rivière ses méandres, récréer des berges végétales et lui permettre de déborder de son lit, permet d’absorber les crues en amont. En même temps, cela contribue à reconstituer des frayères pour les poissons. Autre exemple : reformer des prairies sous-marines le long des côtes permet de créer un tampon contre les tempêtes, tout en constituant des alevinières pour la pêche.

Des alternatives "douces"

En raison de leurs avantages, les SafN présentent un rapport coût/bénéfice potentiellement plus intéressant, à terme, que l’aménagement d’infrastructures "grises" (génie civil) pour nous protéger des incidents climatiques. Ainsi, pour prévenir les risques d’inondation, les collectivités vont s’orienter vers des actions naturelles, en complément ou à la place d’ouvrages hydrauliques. Comme, planter des végétaux, pour retenir le sable sur les dunes, plutôt que de bâtir une digue, pour endiguer l’érosion côtière.

Les Solutions d’adaptation fondées sur la Nature sont des garde-fous aux "mal-adaptations". ces fausses bonnes idées qui se révèlent inefficaces, voire aggravent les causes du risque. Par exemple, les climatiseurs en ville qui réchauffent l’air extérieur et accroissent la consommation énergétique ou encore les immenses rétentions d’eau qui assèchent davantage les sols.

Travailler avec la nature contribue aussi à atténuer le réchauffement climatique

Tourbières, étangs, sols, forêts et océans... jouent également un rôle clé pour nous protéger du changement climatique, en absorbant et en stockant le CO2 généré par l’homme. Les écosystèmes naturels représentent le plus grand potentiel d'élimination et de stockage du carbone. Maintenir ou restaurer ces réservoirs naturels est donc décisif autant pour nous adapter aux changements du climat que pour les atténuer.

Préserver les zones humides permet d’absorber les crues en cas d’inondation et favorise la biodiversité. Autre avantage : stocker une grande partie des gaz à effet de serre.

Une priorité pour la France et l’Europe

Le Plan national d'adaptation au changement climatique 2018-2022 "reconnaît la valeur de la biodiversité et des services écosystémiques pour l’adaptation". Il préconise "partout où cela est possible, des synergies en privilégiant les solutions fondées sur la nature".

artisan

Financé par l’Union européenne, le programme Life intégré ARTISAN, comme son acronyme l’indique, vise à "Accroître la Résilience des Territoires aux changements climatiques par l’Incitation aux Solutions d’Adaptation fondées sur la Nature". Il est doté de 16,7 millions d’euros sur 8 ans (2020-2027). En France, il est piloté par l’Office français de la biodiversité (OFB).

Plus récemment, la Commission européenne a adopté en juin 2022 un "paquet nature", un volet de propositions inédites visant à restaurer les écosystèmes endommagés et à ramener la nature dans toute l'Europe, depuis les mers et les terres agricoles jusqu'aux forêts et aux villes. L’un des enjeux affirmé est clairement de relever les défis des crises climatiques qui s’annoncent. La tâche est immense :  80 % des écosystèmes naturels européens sont aujourd’hui en mauvais état (source : Commission européenne).

Les bénéfices économiques de la restauration de la nature ont été estimés huit fois supérieurs à leurs coûts (source : Commission européenne, Analyse d'impact de la loi sur la restauration de la nature).

AGIR

Un éventail de possibilités selon le contexte

Ville, mer, montagne, milieu agricole ou forestier, etc… De multiples Solutions d’adaptation fondées sur la Nature existent, selon le milieu, le secteur d’activité concerné et ses enjeux climatiques. Quelques exemples :

Pour les villes, l’un des principaux défis est de rester vivable lors des canicules, surtout dans les coeurs de ville qui enregistrent des écarts de température de + 3 à 5°C avec la périphérie. Conscientes de ce phénomène, les collectivités multiplient les initiatives pour renaturer les rues et végétaliser les bâtiments. Outre la fraîcheur, cela apporte une foule de co-bénéfices : bruit atténué, bien-être, biodiversité, absorption de CO2.

A Lyon, la requalification de la rue Garibaldi permet de réduire de 9° la température de l’air lors des fortes chaleur et de récupérer les eaux de pluies dans un bassin dédié.

Autre risque majeur pour les villes : les inondations. Une piste naturelle consiste à rendre perméables les sols  (enlever le bitume là où c’est possible) et à les renaturer. L’eau de pluie s’infiltre dans la terre, plutôt que de ruisseler, tout en rechargeant les nappes phréatiques (et donc nos ressources en eau), menacées par la sécheresse.

Dans les milieux agricoles, l’enjeu est de préserver des récoltes de plus en plus menacées (par les sécheresses, pluies extrêmes ou imprévisibles, gel tardif). Les experts du GIEC préconisent une nouvelle approche, l’agroécologie, centrée sur la nature. Diversifier les cultures, miser sur des variétés plus résistantes, couvrir le sol de fumier pour l’enrichir, planter des arbres entre les parcelles, pour faire de l’ombre et limiter l’érosion… quantité de techniques vertueuses existent, qui restaurent en même temps la biodiversité.

En milieu forestier, la diversification des essences permet aussi de lutter contre le dépérissement des forêts tout en endiguant la propagation des maladies.

FOCUS TERRAIN

VITICULTURE

Publié le 22/09/2022

 

Notre objectif : obtenir une vigne capable de se défendre grâce à la biodiversité et aux écosystèmes qui l’entourent.

Carine Galante, agronome

Des recherches sont en cours pour mieux identifier la pertinence des Solutions d’adaptation fondées sur la Nature. Dans le Lot-et-Garonne,  la coopérative des Vignerons de Buzet, a planté un vignoble expérimental en agroforesterie. Entretien avec Carine Galante, agronome, responsable projets et innovations.

Comment la coopérative en est-elle venue à tester les Solutions d'adaptation fondées sur la Nature ?


En 2005, le vin ne correspondait plus aux attentes du consommateur. Les vignerons étaient confrontés à la nécessité de réduire les pesticides. Un nouveau DG est arrivé avec sa vision sur l’écologie et la responsabilité sociale. Du fait que nous travaillons avec le vivant, les solutions naturelles se sont imposées progressivement. Nous avons commencé par des inventaires de faune et flore et la sensibilisation des adhérents… Face aux enjeux du réchauffement, la coopérative a réalisé des projections des impacts sur ses vignes, fondés sur les scenarii du GIEC. Notre objectif est d’obtenir une vigne qui soit capable de se défendre grâce à la biodiversité et aux écosystèmes qui l’entourent.

Concrètement, quelles solutions d’adaptation testez-vous ?


Les actions que nous menons sur 17 ha, depuis 2019, visent à développer un écosystème viticole le plus riche possible en implantant, avec 28 modalités différentes, des cépages méditerranéens, résistants mieux aux parasites et aux maladies, comme le mildiou et l’oïdium ; des noues végétalisées pour mieux recueillir l’eau de pluie; des haies champêtres et fruitières entre les parcelles ; des érables dans les rangs de vigne ; des arbres têtards. Nous travaillons sans aucun produit phytosanitaire hormis ceux de l’agriculture bio (cuivre et souffre). Et observons déjà une meilleure microbiologie du sol pour les vignes situées près des arbres ou plantées dans l’herbe, sans labours.

Ces méthodes agroécologiques pourront-elles servir à d’autres cépages, d’autres territoires, voire d’autres cultures ?


Oui, en premier lieu auprès des viticulteurs de la coopérative, polyculteurs pour la plupart. Ils utilisent nos expérimentations pour améliorer leurs pratiques en arboriculture. En outre, notre programme est non seulement régional sur la vigne (Vitirev, financé par le Programme d’investissement d’avenir et la Région) mais devient national (Tetrae, porté par l’Inrae) sur l’agroécologie. Nous nous fondons sur la science avec des capteurs qui remontent des résultats sur 40 critères dont le climat, la biodiversité, la qualité de l’eau… Sans oublier la rentabilité.

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